26 août 2005
El-Jadida, la belle endormie
Lieu de mouillage pendant
l'Antiquité, l'ancienne Mazagan enchanta Orson Welles, qui filma, dans
« Othello », sa citerne à ciel ouvert construite en 1541.
Gilles Pudlowski - Le Point
Sa
vogue n'est pas encore revenue. Elle attend sans doute que la mode s'y
mette, qu'une thalasso s'ouvre au Royal Golf (c'est prévu pour l'an
prochain), que Sol Kerzner, l'homme de Sun, en Afrique du Sud, s'y
installe avec un hôtel-casino. Et la prédiction du maréchal Lyautey, en
1913, qui y souhaitait l'émergence d'un « Deauville marocain », sera,
peut-être, réalisée. On vient là admirer les puissants bastions de l'Ange,
Saint-Sébastien, Saint-A La cité portugaise a toujours le charme d'avant : ruelles
tortueuses, demeures à pilastres, balcons ouvragés, portails
écussonnés, minaret qui est l'ex-tour de guet, Chapelle Saint-Sébastien
devenue synagogue, où le peintre Najeb Zoubir a établi son atelier. Ce
dernier, natif d'ici, qui étudia à Paris, revenu chez lui, investissant
ce lieu magique, laissé à l'abandon, tente, sur ses toiles sobres mais
colorées, d'emprisonner la lumière du On reste longtemps sous le charme. Orson Welles vint y tourner
quelques scènes de son « Othello », Alex Joffé y trouva un cadre pour
son « Harem ». Le rêve de Lyautey On lorgne encore les bâtiments coloniaux, comme le théâtre municipal
de 1926, évoquant le rêve de Lyautey, son glorieux hippodrome, le haras
voisin, de la même époque. Le modeste « Deauville » est prisé des
amateurs de surf et de planche à voile sur la plage voisine de Sidi
Bouzid. Mais c'est avec son golf, l'un des plus fameux du pays, que
l'ancienne Mazagan retrouve sa gloire d'antan. 
Pour
l'heure, Mazagan vivote. Elle est devenue El-Jadida (« la neuve »),
même si elle fut un lieu de mouillage sous l'Antiquité. Ce village de
pêcheurs, dont les Portugais firent un bastion en 1514, après la prise
de la voisine Azemmour, puis une forteresse en 1541, après la perte
d'Agadir, a conservé les ruines de ses remparts, les venelles de sa
ville ancienne et cette citerne qui vaut le voyage des amoureux du
Maroc secret.
ntoine et du Saint-Esprit, bâtis sur des
remparts de plus de 1 kilomètre, avec leurs murs épais de 3 mètres qui
ont vue sur les bateaux et la mer. Détruits par les Portugais eux-mêmes
en 1769, dépités de devoir abandonner la ville aux Marocains, après un
accord entre le marquis de Pombal et le sultan Mohammed ben
Abdallah,
ils ont été reconstruits. Seul celui du Gouverneur, qui gardait jadis
l'entrée de la ville, a disparu.
ciel.
Mais le chef-d'oeuvre d'El-Jadida est sa citerne souterraine, toute
voisine. Découverte presque par hasard, en 1917, par un épicier juif,
Joseph Benatar, construite en 1541 comme grenier, transformée en
réservoir, elle a conservé une partie à ciel ouvert qui lui permet de
recueillir l'eau de pluie. La réverbération de vingt-cinq piliers de
voûtes gothiques en pierre de taille sur cinq rangées dans l'eau
stagnante lui donne son côté magique, sombre et lumineux à la fois.
Mais on peut sortir de la cité portugaise sans avoir épuisé les
char-mes de l'ancienne Mazagan. Le souk, avec ses bijoutiers
travaillant l'or et l'argent ou ses dames pratiquant le fin tissage de
la laine jusqu'à la faire devenir transparente, donnant la djellaba
Saissia, plonge le visiteu
r dans une vraie ville du Maroc.
Réalisé, entre mer et forêt, à 7 kilomètres de la ville, sur la
route côtière vers Casablanca, il offre, sur 120 hectares, non
seulement un parcours très technique de 18 trous, mais aussi un
bel
ensemble reconstituant une sorte de village idéal, avec 34 villas et
son bâtiment central. C'est, géré par Accor, sous pavillon Sofitel, une
des grandes étapes hôtelières du Maroc, mais aussi une des plus
secrètes, avec ses suites à terrasses sur la mer, ses pelouses
soignées, sa vaste piscine en forme de vague, ses restaurants, dont le
marocain Al-Jawhara, avec stucs et zelliges, son piano-bar dans les
tons rouges. Bref, un lieu idéal pour imaginer les destinées
touristiques du Mazagan de demain
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