11 juillet 2006
Asilah, une perle au bord de l'océan
Amateurs d'art et d'architecture, vous aimerez Asilah pour sa
douceur de vivre et sa nonchalance océane. Car derrière ses remparts construits
par les portugais au 15e siècle, Asilah demeure une des perles de la côte
atlantique marocaine.
Tour à tour espagnole et marocaine, la ville porte les multiples empreintes de
ses visiteurs. Les murs des maisons sont ici ornés de fresques hautes en
couleurs. Et les ruelles étroites de la médina abondent en ateliers et galeries
d'art de toutes sortes. Une richesse artistique qui s'exprime sous de multiples
facettes lors du grand festival d'été.
Ville de patrimoine, Asilah vous séduira aussi par ses plages magnifiques,
facilement accessibles. Avec des coins superbes de nature sauvage, face aux
vagues de l'océan.
12 octobre 2005
Découverte d'un campement Atérien qui date de plus de 50 000 ans avant JC
Un groupe de chercheurs de l'Institut des Sciences de l'Archéologie et du patrimoine (INSAP) du ministère de la Culture, vient de mettre au jour un important campement atérien qui daterait de plus de 50 000 ans environ au sud de la station d'hiver de Michlifen dans la région d'Azrou.
Cette nouvelle découverte, qui s'inscrit dans le cadre d'un programme de recherche intitulé "milieux et cultures matérielles pré et pro historiques durant le pléistocène et l'Holocène au moyen Atlas", a fourni un outillage préhistorique composé de pointes, de racloirs, de grattoirs, indique le ministère de la Culture dans un communiqué parvenu à la MAP.
Les mêmes recherches ont, également, permis de localiser des structures d'habitat préhistoriques dans la grotte d'ifri Ouberid située dans la commune d'Aïn Elleuh à 30 km environ au sud de la ville d'Azrou.
Les dites structures, qui dateraient d'après l'étude préliminaire du matériel archéologique des civilisations néolithique et campaniforme (entre 6000 et 3000 ans avant notre ère), se composent d'ateliers de fabrication d'outils en silex et en calcédoine et de structures de combustion qui conservaient encore les ossements d'animaux sauvages (mouflon à manchettes, b uf sauvage, gazelles, sanglier, chacal ) chassés par l'homme de l'époque.
La présence dans les structures précitées de la céramique et de matériel de broyage témoignent d'une éventuelle pratique de l'agriculture et d'un savoir culinaire ancestral bien développé.
Une activité artistique est, aussi, attestée par la découverte d'un certain nombre d'objets de parure fabriqués à partir de coquilles de mollusques marins et d'ossements d'animaux.
Palais Al Bachaouia
Mohamed Ben Kharafa a l’air magistral. Vêtu de djellaba soyeuse,
chaussé de babouches, il nous accueille en maître de céans à la porte
de « Qasr Al Bachaouia ». D’un geste habile, il nous fait signe
d’entrer. Conservateur de ce lieu historique, situé au boulevard Victor
Hugo (quartier des Habous), M. Ben Kharafa a pour tâche de veiller sur
un imposant chef-d’œuvre architectural. Edifié dans les années 40 du
siècle précédent, ce bijou semble n’avoir rien perdu de son éclat
d’antan. M.Ben Kharafa veillerait à assurer l’entretien de ce site au
jour le jour. «Comme vous pouvez le voir, le site est bien entretenu»,
fait-il, avant de porter la main au front comme pour chasser une
mauvaise idée.
Au fait, la seule ombre au tableau reste cette nuée
de colombes qui élisent domicile sur les remparts et le toit de
l’édifice. Mais ces colombes donnent au site un sens et un accent
particuliers. Si ces colombes ont choisi d’habiter dans «Qasr Al
Bachaouia», c’est parce que ce lieu représente un îlot de paix dans
l’Océan du tumulte casablancais. «Ces colombes sont là pour rester»,
tranche M. Ben Kharafa. Symboles de paix, de pureté et de candeur, ces
colombes sont également là pour accentuer la particularité d’un édifice
historique authentique et solennel. Construit à base de marbre, de
zellige, et de bois, cet édifice donne à voir des gravures et des
fresques d’une beauté inouïe.
Le génie de l’artisan marocain
apparaît dans toute sa splendeur. Ici, des arcades de gypse surplombant
des portes en bois majestueux ; au milieu, une fontaine de marbre
apporte, avec les quelques cyprès élégants qui l’entourent, une bouffée
de fraîcheur aromatisée ; là, un salon, dont le toit est embelli de
beaux motifs inspirés de la tradition arabo-andalouse ; ailleurs, des
sculptures sur bois rouge comme on aimerait tant voir et revoir…
Les
touristes, qui se rendent à « Qasr Al Bachaouia », sont légion. «Notre
seule condition pour ouvrir l’accès à ces touristes, c’est qu’ils
soient accompagnés d’un guide autorisé », indique M. Ben Kharafa. En ce
qui concerne les nationaux, l’entrée reste libre. Haut-lieu
touristique, «Qasr Al Bachaouia» offre également un cadre propice à
l’activité artistique et culturelle. En témoigne la belle soirée avec
la vedette de la musique andalouse Mohamed Bajeddoub, organisée par le
Lion’s Club de Casablanca. Un magnifique voyage dans le temps et dans
l’espace, par le transport d’une part vivante de notre mode musical
arabo-andalou.
Autre preuve de la magie de ce site, «Qasr Al Bachaouia» offre un lieu de tournage esthétiquement irréprochable.
Plusieurs
émissions des deux télévisions nationales y ont été tournées ; on peut
citer, à titre d’exemple, l’émission «Arts et lettres» de 2M. Devant le
manque patent d’espaces d’art et de culture à Casablanca, «Qasr Al
Bachaouia» présente une très belle alternative. Simplement, ce lieu de
mémoire, propriété de la wilaya du Grand-Casablanca, qui tient lieu de
siège du Conseil de la région de la mégalopole, en plus de sa vocation
artistique, concentre des bureaux administratifs. D’où la difficulté de
le doter d’un programme d’animation régulier. Le convertir en espace
d’art permettra de lui donner du relief, et offrira aux amateurs du
beau un lieu de rencontre idéal.
04 octobre 2005
Des espèces rares au Lac Afennourir
Situé sur un plateau du Moyen Atlas
tabulaire à 20 kilomètres, à vol d'oiseau, au sud de la ville d'Azrou,
sur la route tertiaire du circuit des cèdres reliant le village d'Aïn
Leuh à la Route impériale reliant Méknès à Tafilalet (RN 20), le site
du Lac Afennourir qui appartient à la Commune rurale de Aïn Leuh
relevant de la province d'Ifrane est d'une superficie de 800 ha, au
beau milieu d'une cédraie à une altitude de 1790-1800 m.
Ce
très beau site de montagne inscrit comme site Ramsar sur la Liste des
zones humides d'importance internationale le 20 juin 1990, composé d'un
lac naturel peu profond, de près de 400 ha, d'une pelouse humide qui
l'entoure et d'un ruisseau situé au déversoir du lac est d'une très
grande valeur écologique du fait que ce lac de montagne particulier
(faible profondeur et grande étendue) enregistre la présence régulière
d'une importante population nicheuse et hivernante du Tadorne casarca
Tadorna ferruginea considérée comme étant une espèce rare et constitue
aussi, un lieu de prédilection pour une importante population nicheuse
et hivernante de Foulque à crête (Fulica cristata) d'où la raison
initiale de son inscription sur la liste des zones humides d'importance
internationale.
Le Tadorne casarca hiverne régulièrement dans le site avec une moyenne de 225 individus, soit près de 8 % de l'effectif de la population hivernante régionale. En saison de sa reproduction, cet effectif varie entre 100 et 400 individus, avec 5-10 couples nicheurs.
Quant à la Foulque à crête Fulica cristata, elle montre pendant les hivers humides des contingents de 240-600 individus, le seuil 1% ayant été dépassé au moins deux fois, alors que cet effectif peut dépasser les 1000 individus en période de reproduction. Malgré la rétention de l'eau par une digue artificielle basse, l'hydrologie du lac reste dépendante des précipitations et de la fente des neiges en particulier, puisqu'il s'assèche souvent après des hivers secs. Le site est surtout considéré comme type de lac de montagne sans équivalent dans la région nord-africaine, d'origine karstique, de profondeur faible et homogène, situé dans une cuvette remplie de basalte quaternaire ; il est envahi de végétation immergée et entouré par une pelouse verte de montagne.
Le site est dominé par des eaux lacustres peu profondes peuplées par un lit de végétation immergée, parmi laquelle peuvent être observés des îlots plus ou moins larges de végétation émergente (Scirpaie) ; la pelouse, où pâturent des tadornes et un grand troupeau de moutons, entoure presque la totalité du lac, mais elle est développée surtout du côté Sud-Ouest. Le site du Lac Afennourir est caractérisé par la présence d'au moins trois espèces rares ou à distribution localisée au Maroc : Persicaria lapathifolia (Polygonaceae), Damasonium alisma (Alismataceae), Juncus inflexus (Juncaceae).
Deux espèces d'oiseaux vulnérables se reproduisent dans le site (Tadorne casarca Tadorna ferruginea et Foulque à crête Fulica cristata). Ce site constitue la meilleure zone humide moyen-atlasique pour l'hivernage des oiseaux d'eau : 26 espèces y ont été notées et l'effectif maximum absolu enregistré jusqu'à l'année 2000 est de 6321 oiseaux, essentiellement des Ansériformes, avec des pics de 2000 canards siffleurs Anas penelope, 1450 fuligules milouins Aythya ferina, 450 tadornes casarca Tadorna ferruginea et 300 canards chipeau Anas strepera. La Foulque à crête Fulica cristata y est régulièrement présente, avec généralement peu d'individus mais un maximum de 365 hivernants a été compté en 1999. Le Grèbe à cou noir Podiceps nigricollis est parfois abondant (240 hivernants en 1997).
Ce
lac joue un rôle fondamental dans le parcours des ovins (on compte plus
de 1000 têtes), à la fois via sa pelouse et en tant que source d'eau
d'abreuvement.
L'ensemble des terrains entourant le lac
constituent une zone de parcours naturelle, traversée par une piste
d'accès au lac, longue d'environ 1,8 km ; mais quelques baraques ont
été construites récemment à proximité du lac par des transhumants
sédentarisés ces dernière années de sécheresse qui a sévi dans la
région.
Les facteurs (passés, présents ou potentiels) défavorables affectant les caractéristiques écologiques du site, notamment les changements dans l'utilisation des sols (y compris l'eau) et les projets de développement se résument ainsi.
Dans le site Ramsar, il n'y a pas d'activité notable, mais vu la faible profondeur du lac, l'abondance du brochet, poisson prédateur devrait en principe gêner la nidification de plusieurs espèces d'oiseaux.
Dans la région voisine, la pression de pâturage permanente sur la pelouse qui est très forte en été (plus de 1000 moutons), l'usage du lac pour l'abreuvement du cheptel, les Puits creusés à proximité du lac bien qu'ils contribuent à réduire le dérangement des oiseaux, puisent directement l'eau de la nappe, déjà peu profonde et enfin, le tourisme : visiteurs encore rares, mais en croissance vu les facilités d'accès.
Mesures de conservation en vigueur :
- Site Ramsar classé depuis 1980 et enregistré sur la liste des zones humides d'importance internationale en juin 1990;
- Site d'intérêt biologique et écologique ;
- Zone d'Importance pour la Conservation des Oiseaux ;
- Site englobé dans le Parc Naturel d'Ifrane ;
-
Interdiction de la pêche, de la chasse et du campement, avec création
récente d'un poste de gardiennage à proximité du lac encore non utilisé
de nos jours.
• Mesures de conservation proposées mais pas encore appliquées
Mise
en défens "tournante" d'une partie de la pelouse, dans le but de
réduire l'impact (dérangement) du cheptel et des bergers sur les
oiseaux en reproduction.
• Recherche scientifique en cours et équipements
Monographie
environnementale du lac dans le cadre d'une étude écologique et
d'évaluation des lacs du Moyen Atlas. Cette étude est réalisée dans le
cadre de la préparation d'une thèse de doctorat d'Etat par l'un des
auteurs de la fiche (LC). Suivi International des populations
hivernantes d'Oiseaux d'eau, coordonné par l'Institut Scientifique de
Rabat.
Mohamed Drihem | LE MATIN
03 octobre 2005
Appel d'Azemmour pour déclarer la ville patrimoine universel
Les participants à une journée d'étude sur "la requalification urbaine d'Azemmour" ont appelé à redoubler d'efforts et à prendre toutes les mesures nécessaires pour classer cette ville en tant que patrimoine universel.
Les recommandations de cette journée d'étude, qui a vu la participation de plusieurs chercheurs marocains et étrangers spécialisés dans le domaine du développement durable et la requalification urbaine, ont souligné la nécessité de prendre des mesures d'urgence pour sauver les monuments en ruine et les exploiter dans des activités économiques, sociales et culturelles.
Les participants à cette rencontre, organisée jeudi à l'initiative de l'associations "Amis d'Azemmour", ont aussi insisté sur l'engagement du ministère des Habous et des Affaires islamiques à oeuvrer pour la restructuration des domaines existant dans la ville.
Par ailleurs, les recommandations dont lecture a été donnée lors de la cérémonie de clôture par M. Nabil Benabdallah, président de l'association "Amis d'Azemmour", ont appelé au lancement du plan d'aménagement et de protection de la ville tout en procédant à la révision de certains de ses aspects.
La requalification urbaine ne doit pas être effectuée selon une vision purement technique, mais doit prendre en considération les aspects humains et le cadre de vie des habitants, soulignent les recommandations.
Les participants ont aussi appelé à accorder un intérêt particulier au tissu urbain de la ville, et ce en coordination avec le ministère de tutelle, les autorités locales et les élus et insisté sur la redynamisation des activités liées à l'artisanat.
A l'ouverture de cette journée d'étude, M. Nabil Benabdallah avait indiqué que cette initiative vise à édifier un espace de rencontre et de dialogue pour la prospection des perspectives de développement durable et intégré de cette ville ancestrale, en parfaite harmonie avec les objectifs de l'association tendant, d'une part, à promouvoir une renaissance globale d'Azemmour, et d'autre part, à s'inspirer des expériences de développement local initiées par d'autres associations, telle l'association "Essaouira Mogador ".
Map
30 septembre 2005
L'art pré- et protohistorique
Le Maroc occidental.
C'est
le domaine géographique qui borde l'océan atlantique depuis Rabat
jusqu'au sud d'Essaouira. La zone côtière, dans sa totalité rocheuse,
est entaillée, soit dans le socle, soit dans les calcaires crétacés,
soit dans les dunes consolidées attribuées aux successions de
transgressions et de régressions marines depuis le Villafranchien.
Vers
l'est, la meseta intérieure occidentale est occupée par de vastes
plateaux souvent accidentés par des cuvettes entièrement ou
partiellement fermées. En revanche, les plaines alluviales de Doukkala
et de la basse Chaouia se caractérisent par une unité de paysages plus
monotones. (Hardy & Célérier 1933 ; Despois & Raynal 1967 ;
Pique 1994).
Dans cette zone du Maroc, plusieurs concentrations
de pétroglyphes et de stèles furent signalées. D'abord, dans un abri à
Kef el Kerma (Souville 1973), aux environs d'El Jadida, puis dans la
grotte de Gorane (Antoine 1950) et à Outiat Moulay Ali, au nord de
Safi, ainsi qu'à Nkhaila et à Moulay Idriss Aghbal, dans le pays Zaer
(Denis 1967).
La plus importante concentration de gravures fut
signalée à Koudiat el Mouneb, à 130 km au sud de Casablanca par
Jean-Marc Langer en 1986 (Searight 1991). Au cours de l'année 1987, des
travaux de reconnaissance des lieux furent menés par l'équipe du Groupe
d'Archéologie et d'Anthropologie de Casablanca. Ces prospections ont
abouti à la découverte de nouvelles gravures. Au total, 141 figures
furent répertoriées. Elles sont toutes obtenues par la technique du
piquetage. Les thèmes gravés identifiés comprennent des
anthropomorphes, des cavaliers, des poignards courbes avec baudrier,
des épées, des polissoirs et des quadrupèdes indéterminés (Searight
1991).
Malgré quelques ressemblances avec le groupe de gravures
dites "libyco-berbères", notamment les figures de cavaliers, les
représentations rupestres de Koudiat El Mouneb sont plus récentes.
Elles sont probablement le temoignage des derniers pasteurs ou
agro-pastoraux qui ont fait perdurer la tradition de graver après
l'avènement de l'Islam dans les plaines du Haouz et de Rehamna.
En
outre, la présence d'art rupestre au sein de la grotte préhistorique de
Kef el Baroud fut constatée dès les années cinquante par l'abbé A.
Glory.
Le site en question est situé dans le massif calcaire de
Kef el Baroud, dans la vallée de l'Oued Cherrat, à environ 10 km à
l'est de la ville de Ben Slimane. L'ouverture de la grotte principale,
orientée vers l'est, mesurerait 25 m de long sur 7 m de large. Elle
surplomberait le cours de l'oued d'environ 60 m et offrirait une vaste
vue sur l'amont de la vallée. Trois concentrations de pétroglyphes se
trouveraient au nord de l'entrée de la grotte principale, sur la façade
exposée à l'est. Il s'agirait de cupules, et de traits gravés "en
fuseau" et "à section angulaire".
Les peintures, très
déteriorées, se situeraient sur les parois à l'intérieur de cette
grotte, principalement près de l'ouverture vers l'extérieur ou à
l'entrée de galeries latérales. Elles seraient effectuées en trois
couleurs distinctes, à savoir lie de vin, orange, et jaune-ocre. Leur
état de conservation permettait seulement l'identification d'un motif
abstrait, dénommé "tronc surmonté d'une spirale". Le pigment
ferrugineux de la peinture proviendrait de la région. Un sondage dans
la couche grise aurait livré un fragment de cette matière première,
ainsi qu'un galet recouvert d'ocre. ( De Wailly 1973 ; 1976).
Le Haut Atlas.
Le
Haut Atlas représente la chaîne de montagne la plus élevée de l'Afrique
du Nord. Orienté dans le sens ouest-sud-ouest vers l'est-nord-est, il
s'étend sur plus de 700 km, de l'Océan atlantique aux confins
algéro-marocains. Il comprend, d'ouest en est, des unités variées, en
l'occurence le Haut Atlas occidental, un massif culminant à 4.165 m qui
est constitué de formations jurassiques ou crétacés entaillées de
vallées profondes, le Haut Atlas central, un massif calcaire
morphologiquement dominé par des zones tabulaires culminant à 2.500 m
d'altitude, et le Haut Atlas oriental qui comprend le massif ancien de
Tamlelt dont la bordure nord est occupée par ses plus hauts sommets,
tel le Jbel Ayachi (3.760 m). L'altitude s'affaiblit vers l'est où
débute le domaine des hamadas (Saadi 1983 ; Pique 1994).
Dans
les hauteurs de l'Atlas de Marrakech, on connaît de grands ensembles de
gravures rupestres, principalement à l'Oukaïmeden, au plateau du
Yagour, et au Jbel Rat.
L'Oukaimeden, dont l'étymologie
signifierait aussi bien le lieu de rencontre des gens que le lieu de
leur rassemblement, est appliqué au sommet d'une montagne qui culmine à
3.273 m. L'installation d'une station de sports d'hiver, équipée, à
l'instar du monde alpin, en téléphériques et chalets, a attiré de
nombreux touristes européens qui y apprécient aussi bien le ski en
hiver que les randonnées estivales. La découverte des gravures
rupestres dans ces hauts lieux est due, en fait, à un vacancier du nom
de Pinguet.
Il avait signalé leur existence près du
village-station en 1949. Depuis cette date, l'Oukaimeden fut l'objet de
plusieurs recherches qui aboutirent à des résultats fort intéressants,
que se soit du point de vue de la compréhension des pétroglyphes ou de
leur interprétation (Malhomme 1950 ; Jodin 1964, 1966; Simoneau 1967 ;
Chenorkian 1988 ; Souville 1989, 1990, 1991 ; Searight 1993 ; Rodrigue
1997 ; Salih & al. 1998).
La majorité des figurations se
trouve sur des bancs obliques de grès permo-triasiques, à patine
gris-noirâtre, exposés au sud-sud-est. Le choix du support s'est porté
de préférence sur des dalles lisses et bien placées, souvent à
proximité du pâturage ou sur un emplacement qui domine bien ce dernier.
Les techniques utilisées pour la réalisation des gravures sont de trois
types, en l'occurrence le piquetage, le martelage et le polissage.
La
première technique consiste en l'utilisation d'un objet pointu créant
une plage de petites cupules creuses qui ne dépassent pas 2 mm de
diamètre et 1 mm de profondeur. Le martelage se présente sous forme de
petites cupules réalisées par un instrument creux en métal. Les cupules
sont rondes, leur diamètre varie entre 2 mm et 10 mm et la profondeur
ne dépasse guère 3 mm. Le polissage est une opération qui est mise en
oeuvre après un piquetage préalable afin de donner une apparence lisse
à la surface du support rocheux.
L'emploi de ces trois
techniques démontre la maîtrise artistique des graveurs et leur
habilité dans l'exécution de ces oeuvres. Parmi celles-ci, les armes,
les zoomorphes, les anthropomorphes et les formes géométriques
constituent les thèmes préférentiels. Les figurations d'armes sont les
plus nombreuses, notamment à l'Oukaimeden (Chenorkian 1988). Elles sont
réparties en sept genres d'armes offensives, comme les poignards, les
haches, les massues, les hallebardes, les javelots et les armes
courbes. En outre, on note la présence de boucliers en tant qu'armes
défensives. A l'Oukaimeden, les poignards et les armes courbes sont
mieux représentés qu'au Yagour où les "armes de jet" sont quasiment
absentes.
Les hallebardes sont communes aux deux aires. En
revanche, les boucliers dominent dans l'aire du Rat. Ces derniers
furent souvent assimilés à des formes géométriques d'identification
difficile. Ils seraient liés, surtout ceux représentés sous forme de
disques, simples ou décorés, à des cultes astraux ou portant une
signification cosmogonique (Souville 1990). Les scènes belliqueuses ou
de guerre sont fréquentes dans l'aire rupestre du Jbel Rat, alors
qu'elles sont inexistantes dans les aires de l'Oukaimeden et du Yagour.
Dans le groupe des zoomorphes, et hormis les gravures de
quadrupèdes non- identifiables, on peut distinguer des figurations
d'espèces sauvages et domestiques. Ces représentations animales sont
réalisées en profil et reflètent les caractéristiques de chaque espèce.
L'aire du Yagour est particulièrement riche en figurations animales,
notamment de bovinés. D'ailleurs, ce thème est omniprésent dans les
aires rupestres atlasiques, où il est souvent associé aux armes et aux
éléphants. Ces derniers, avec les félidés, constituent les deux espèces
sauvages les mieux représentées dans le Haut Atlas.
D'autres
espèces y sont aussi relativement bien représentées, notamment les
équidés montés de Rat, quelques antilopinés, des hyaenidés, des
girafidés, des rhinocéridés et finalement des oiseaux. Les figurations
anthropomorphes sont peu nombreuses mais assez variées. Elles sont
figurées soit isolées soit en association avec des objets
vestimentaires et d'armement, ainsi qu'avec des animaux, soit dans des
compositions. Ce sont des représentations caractérisées par l'absence
de réalisme et par l'attitude des individus en position dite "d'Orant",
souvent armés ou figurant dans un contexte de guerre et de combat. Les
représentations de forme géométrique sont souvent qualifiées, par les
chercheurs dans ce domaine, de figures énigmatiques. Elles sont variées
et aussi nombreuses dans le Haut Atlas que les armes et les bovinés. Ce
sont des figures circulaires, semi-circulaires, rectangulaires,
sub-rectangulaires, triangulaires ou compartimentées, en croix, ou en
damier, courbes et serpentiformes et finalement des points et des
cupules. Un dispositif de points et de cupulettes, dans une position
d'alignement en deux ou trois rangées, correspond probablement à un jeu.
Dans
la région d'Amezmiz, à environ 3 km au sud-ouest du village de
Toulkine, plusieurs stations préhistoriques furent signalées. Parmi
celles-ci, un groupe d'abris de peintures rupestres, notamment les
abris d'Imi Ouzerwane et d'Amzri. Ceux d'Amzri sont au nombre de deux
et sont superposés. Dans l'abri inférieur, l'Abbé A. Glory effectua un
sondage en 1951. Des morceaux d'ocre, ainsi qu'une plaquette et une
espèce de godet en os portant des traces de ce matériau auraient pu
servir aussi bien à des effets de parure qu'à la réalisation de
peintures rupestres. L'abri supérieur est situé à une dizaine de mètres
au-dessus du précédent. Les dessins rupestres occupent les parois qui
surplombent et l'abri inférieur et la vallée en contrebas. Les
principaux thèmes figurés sont des lignes, des pointillés, ainsi que
des formes géométriques, notamment des lignes parallèles, des figures
quadrangulaires et circulaires, ainsi que quelques animaux et
éventuellement des empreintes partielles de mains.
Les parois
verticales présentent un état de dégradation très avancé, probablement
imputable aux processus de desquamation de la roche. Quelques fragments
de la surface-support des peintures qui subsistent au milieu des zones
détériorées indiquent que la totalité des parois fut initialement
décorée. Les motifs sont exécutés en couleur gris sombre, rouge violacé
ou rouge violacé sombre, et brun orangé ou brun orangé sombre. Pour ce
qui est de la datation, les résultats des fouilles dans la cavité
inférieure d'Amzri attestent seulement que les lieux furent fréquentés
probablement dès le Néolithique (Camps 1974 ; de Bayle de Hermens &
al. 1984). Toutefois, vu la position des abris respectifs, ceci n'est
d'aucun concours pour dater les peintures.
Par ailleurs, et
sur le versant opposé de la vallée, un site de peintures rupestres fut
signalé, sans plus d'informations, sous le nom d'Imi Ouzerwane
(Rodrigue 1989). Il s'agit d'une série d'abris exposés au nord et à
l'est, situés entre 20 et 40 m au-dessus du petit oued qui collecte les
eaux des plateaux environnants. Pour une partie de ces auvents et
cavités, les traces prononcées de suie et de piétinement témoignent
d'une occupation intense par bergers et troupeaux. La roche calcaire y
présente des traces d'extraction qui sont probablement liées à la
construction des azibs voisins.
En outre, toutes les parois
verticales de cette série d'auvents sont fortement désagrégées par des
processus de desquamation. Or, les rares traces de pointillés de
couleur rouge violacée sombre qui subsistent à Imi Ouzerwane ne
permettent aucune évaluation de l'importance originale de cette station
de peintures rupestres.
(A suivre)
Abdellah Salih - Le Matin
Les Champs-Elysées de l'Afrique en projet
Il n'est qu'à se promener le long de l'avenue Mohammed-VI, anciennement appelée avenue de France, pour comprendre. Arrivé sur le trône il y a cinq ans, le jeune roi du Maroc a décidé d'en faire les Champs-Elysées de l'Afrique ! Déjà les 7,5 kilomètres de cette artère (dont 5 kilomètres flambant neufs inaugurés en mai 2004) filant vers les montagnes de l'Atlas sont bordés de palmiers fraîchement plantés au pied desquels pousse un gazon vert tendre bien arrosé. Mais partout alentours, les hôtels, villas et appartements témoins jaillissent plus vite encore que la végétation. Les promoteurs sont là, à l'affût des investisseurs dont le nombre devrait rapidement progresser à la faveur du plan de développement touristique, baptisé Azur, lancé par Mohammed VI. Objectif : attirer, d'ici à 2010, dix millions de touristes étrangers (contre un million actuellement) au Maroc.
«Acheter un bien immobilier dans cette zone est un excellent choix»,
promet Jean Pozzo di Borgo, directeur général d'Eden Développement, qui
propose un programme immobilier prestigieux, «les Parcs de l'Agdal»,
aux abords des jardins royaux. Les 18 hectares de terrains acquis voilà
quelques années par le Français Simon-Xavier Guerrand-Hermès,
propriétaire de l'un des plus beaux riads de Marrakech, accueilleront
bientôt 60 appartements de 100 mètres carrés chacun, vendus 215 000
euros l'unité, une douzaine de dars (maisons marocaines) avec
jardin privatif (de 400 000 euros à 500 000 euros), et 18 villas dont
le prix oscillera, selon les aménagements, entre 650 000 euros et 1,4
million d'euros. Jardins, patios, piscine, végétation savamment
étudiée, domaine clos de murs et gardienné en permanence... 20% du
programme ont déjà été commercialisés.
«Notre offre s'adresse à des gens qui ne veulent pas s'embarrasser des problèmes de construction et souhaitent investir au Maroc en toute sécurité, via de vrais professionnels», argumente Stéphane Murignieux, directeur du projet Abraj, à Bab Atlas, un autre programme immobilier situé cette fois-ci près de la palmeraie de Marrakech. Neuf villas y sont proposées à la vente, au coeur d'un luxueux domaine de 7,5 hectares qui comptera également un petit hôtel agrémenté d'un centre de bien-être et de neuf autres villas proposées à la location (4 000 euros la semaine). «Les propriétaires pourront bénéficier de tous les services de l'hôtel - conciergerie, jardinier, chauffeur - un peu comme s'ils étaient eux-mêmes des clients, explique Stéphane Murignieux. Ils auront aussi tout loisir de louer leur maison quand ils ne l'occuperont pas. Il y a une vraie demande pour ce type de produit...» Le prix ? Entre 500 000 euros et 560 000 euros pour une villa de 250 mètres carrés. Inauguration le 9 novembre. Après le ramadan.
Le Figaro - Ghislain de Montalembert
L'or rouge de Marrakech
Le Figaro-Ghislain de Montalembert
Une vieille porte en bois sculpté, usée par le soleil, au coeur de la médina. Fermée. «Il y a du monde à l'intérieur, des femmes... Ils ne vous laisseront pas entrer», dit une voisine qui passe, revêtue d'un tchador. La porte du riad, pourtant, finit par s'entrebâiller timidement, laissant deviner l'intérieur de ce qui fut, autrefois, le palais d'un sultan ou d'un riche marchand marrakchi : le patio est immense, agrémenté d'orangers qui diffusent une fraîcheur divine, les murs passablement défraîchis sont ornés de zelliges, et les quatre vastes pièces du rez-de-chaussée ont conservé leur charme, oriental à souhait. «Je vous avais prévenu : voilà un riad dans son jus, habité par une famille marocaine très traditionnelle. Il est à vendre, si vous voulez...», sourit Mustapha Blaoui. Son prix ? Environ 10 millions de dirhams, soit un million d'euros. Une fois restauré. C'est cher, mais le riad en question occupe plus de 1 500 mètres carrés. Et à Marrakech, quel que soit l'état du bien, c'est la superficie au sol qui compte ; souvent, il faut tout reconstruire, y compris, parfois, les fondations ! Mustapha Blaoui connaît bien le marché. Des riads comme celui-ci, il en vend plusieurs par an à une clientèle fortunée qu'il reçoit fort civilement, autour d'un thé à la menthe, dans sa mystérieuse caverne d'Ali Baba où s'accumulent tapis, lampadaires en peau de chèvre, appliques, potiches en tadelack... bref, du sol au plafond, de quoi transformer n'importe quelle habitation en palais des Mille et Une Nuits ! Parmi les habitués : Catherine Deneuve, Giorgio Armani, Hillary Clinton, les Agnelli... Mustapha Blaoui, enfant du souk, connaît la terre entière. Mais son métier de prédilection, depuis quelques années, consiste à vendre des riads aux people et à des personnalités qui souhaitent davantage de discrétion (il aurait ainsi aidé Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair à trouver le leur), et cherchent à s'établir dans la ville rouge. De Bernard-Henri Lévy à DSK en passant par Serge Lutens, Jean Poniatowski, Charles Aznavour, Homero Machry, Thierry de Beaucé, Jean-René Fourtou, la liste des Français propriétaires à Marrakech n'en finit pas de s'allonger. On y croise aussi de plus en plus de Belges, d'Anglais, d'Italiens. «Les Russes ne vont pas tarder car, depuis quelques mois, ils n'ont plus besoin de visa pour se rendre au Maroc», pronostique déjà un homme d'affaires français, habitué du vol Paris-Marrakech d'Air France.
Tout a commencé, dit-on, par une émission de «Capital» diffusée
sur M6 en 1999. Il y était expliqué que l'on pouvait trouver des riads
à restaurer dans la médina de Marrakech pour le prix d'un pavillon de
banlieue : à l'époque, il s'en vendait entre 300 000 francs et 600 000
francs ! Qui eût cru qu'une telle information allait provoquer une
véritable bulle immobilière ? En cinq ans, plus de 500 riads ont été
vendus par des familles marocaines trop heureuses de quitter les rues
insalubres de la médina pour les quartiers beaucoup plus résidentiels
de Guéliz ou de l'Hivernage, autrefois réservés aux Français. Dans le
même temps, les prix ont été multipliés par quatre ou cinq.
Une pénurie de briques et de parpaings
Certains ont transformé leur riad en véritable palais qu'ils
habitent le temps des vacances ou d'un week-end prolongé : le Maroc
n'est qu'à trois heures de vol des principales capitales européennes.
Et le prix des billets a chuté : on se rend aujourd'hui à Marrakech
comme à Deauville ou à Saint-Tropez il y a vingt ans. D'autres
propriétaires, une fois les travaux de restauration achevés, ont choisi
de rentabiliser leur bien en le louant sous forme de chambres d'hôtes. «C'est une activité relativement rentable», confie
Alain C., 45 ans, qui travaille à Lyon mais possède un riad dans le
nord de la médina, près de la mosquée Ben Youssef. Acheté 120 000 euros
voilà trois ans, c'était une bonne affaire. «Au départ, je voulais
acheter un appartement dans le sud de la France, mais je me suis aperçu
que pour le prix d'un studio à Montpellier, je pouvais avoir un riad de
200 mètres carrés, en assez bon état, à Marrakech. Je n'ai pas hésité !»
Alain a toutefois dû dépenser 40 000 euros supplémentaires
pour les travaux et la décoration de sa trouvaille avant de pouvoir la
proposer à la location, via divers sites internet. «J'emploie deux
personnes sur place qui accueillent les clients, servent les petits
déjeuners, font le ménage et assurent le gardiennage. Quant aux
réservations, je les gère moi-même depuis la France et je m'arrange
pour venir à Marrakech tous les deux mois», explique-t-il, fier d'afficher un taux de remplissage de 60% à l'année. Un business rentable ? «En six semaines de location, j'amortis le coût de fonctionnement annuel de mon riad», résume «Monsieur Alain», comme l'appelle son personnel marocain.
Tout le monde n'a pas sa chance. La concurrence, aujourd'hui, est
devenue sévère entre ces «riads-hôtels» qui ont fleuri un peu partout
aux abords de la place Djema'a el-Fna. Difficile aussi de gérer les
travaux de restauration lorsque l'on n'habite pas sur place : Marrakech
est prise d'une telle frénésie qu'il devient délicat de trouver de bons
artisans disponibles et surtout... respectueux des délais. «Cet hiver, on ne trouvait plus ni briques ni parpaings à Marrakech !», confie un investisseur en prise avec les pires difficultés. «En deux ans, le coût de la construction a grimpé de 30%»,
explique-t-on chez Ryad Plus, une société spécialisée dans les travaux
de restauration. Quant à l'investissement de départ, il n'est plus du
tout le même qu'il y a trois ans. «Les très grosses plus-values ont été réalisées par des gens qui ont investi il y a cinq ans»,
estime Jean-Dominique Leymarie, propriétaire d'un golf dans la région
parisienne... mais aussi d'un délicieux riad dans le nord-est de la
médina de Marrakech. Maintenant, pour faire des affaires, il faut investir à Essaouira (NDLR : au sud, sur la côte atlantique),
qui pourrait un jour rivaliser avec Ibiza. Il va y avoir un nouvel
aéroport, des golfs... Ça va monter, c'est certain. Le Maroc est sur le
point de devenir la Floride de l'Europe».
Pourtant, ce n'est pas à Essaouira mais au sud-ouest de
Marrakech que Jean-Dominique Leymarie a acquis les six hectares de
terrains où il vient d'ouvrir le Beldi Country Club : une oasis de
verdure et de luxe (restaurant, spa, piscine à fond noir très chic
bordée d'oliviers centenaires) au milieu des dunes de sable chaud.
Objectif : accueillir des vacanciers à la journée (par exemple, les
clients des riads souvent dépourvus de piscine) ou à l'occasion de
réceptions, de mariages, ou de séminaires. «Mon choix ne doit rien
au hasard : la périphérie de Marrakech est appelée à connaître un
véritable boom touristique et immobilier dans les années à venir», assure Jean-Dominique Leymarie. En deux ans, le prix de l'hectare y a déjà été multiplié par six !
26 septembre 2005
La grotte des pigeons à Tafoghalt
Une équipe d'archéologues
marocains a découvert, récemment dans la grotte des pigeons à
Tafoghalt, dans la région de Berkane, des restes humains datés entre
11.000 et 12.000 ans avant notre ère.
ette découverte entre dans le cadre
des recherches archéologiques dirigées par l'Institut national des
Sciences de l'Archéologie et du Patrimoine (INSAP), en coopération avec
l'Université d'Oxford, indique un communiqué parvenu à MAP-Oujda de M.
Abdelajalil Bouzouggar, enseignant-chercheur à l'INSAP et archéologue
spécialiste des périodes préhistoriques. L'un des ces squelettes
humains a été inhumé avec des cornes de mouflon à manchettes
(ammotragus lervia), un mammifère de type artiodactyle qui était très
abondant dans les régions montagneuses du Maroc oriental au cours des
temps préhistoriques.
A côté de ces restes humains ont été également découverts des outils lithiques et osseux. Cette nouvelle découverte permettra, selon la même source, une meilleure connaissance des rites funéraires des populations préhistoriques au paléolithique supérieur et particulièrement de la culture ibéromaurusienne.
La grotte des
Pigeons à Tafoghalt a connu, rappelle-t-on, des fouilles archéologiques
depuis les années 40 du du siècle dernier et jusqu'à 1977. Mais les
recherches y ont été reprises de manière régulière à partir de 2003 par
une équipe maroco-britannique sous la direction de M. Bouzouggar.
Les recherches actuelles, qui ont débuté le 5 septembre 2005, vont se poursuivre jusqu'au 1-er octobre.
La reprise des recherches dans cette grotte s'inscrit également dans le cadre d'un vaste programme de prospection au sol et d'inventaire des sites archéologiques réalisés dans la basse vallée de la Moulouya depuis 2001. Cette zone comporte la plaine littorale des Triffas bordée au nord par la Méditerranée et concerne aussi les massifs montagneux appartenant aux chaînons des Beni Znassen.
C'est dans le cadre de ces prospections qu'une série de sites de plein air a été découverte dans la région du Cap de l'eau contenant des outils lithiques, de la poterie et des fragments des oeufs d'Autruche. Ces derniers ont été datés au laboratoire des recherches d'analyses techniques et scientifiques de la Gendarmerie royale à Témara (LARATES) par la technique du radiocarbone et ont révélé des âges entre 5.500 et 5.100 ans avant notre ère.
On ajoute de même source qu'au cours de
cette saison des recherches, les investigations vont se poursuivre dans
la grotte de Ghafas (région d'Oujda) et des échantillons des sédiments
et des charbons de bois y seront prélevés pour réaliser des datations
en vue de la précision du cadre chronologique des groupes humains
préhistoriques, qui ont peuplé le Maroc oriental il y a des milliers
d'années avant notre ère.
MAP
21 septembre 2005
La forêt de Sidi Mâafa, poumon et rempart de la ville
L'Agence urbaine d'Oujda vient d'achever l'élaboration d'une étude d'un projet d'aménagement d'un espace récréatif sur une superficie de 100 ha dans la forêt de Sidi Mâafa, située à la limite sud de la ville, et ce pour un coût global estimé à 13,5 millions de dirhams.
Selon des responsables de l'Agence, ce projet venant s'ajouter à d'autres programmes urbains visant l'aménagement d'espaces écologiques récréatifs, s'inscrit dans le souci d'encadrement du développement urbain de la ville en remédiant à ses retombées sur les besoins infrastructurels et autres dysfonctionnements dans l'espace de la cité.
La création du périmètre boisé de Sidi Mâafa (200 ha), qui abritera le parc récréatif, remonte à 1952, par arrêté viziriel, pour la protection de la ville d'Oujda contre les inondations et la limitation de l'érosion des sols de J'bel Hamra.
Cette forêt, qui joue le rôle de poumon pour la cité, accueille nombre d'habitants pour l'exercice des sports de marche, jogging, hippisme, vélos et autres randonnées.
Cependant, le nombre de plus en plus accru de visiteurs a eu des répercussions négatives sur le site, objet d'études, notamment la prolifération de détritus et saletés dans certains endroits de la forêt et la détérioration du couvert végétal, ce à quoi s'ajoute l'inexistence d'installations de sécurité, telles les barrières de protection contre la chute de pierres, la prolifération de branchages et troncs d'arbres séchés et manque de panneaux d'orientation des visiteurs.
Le parc forestier envisagé vise en particulier la satisfaction des besoins des habitants en termes d'espace boisé de détente et de loisirs, l'amélioration du cadre paysager, le renforcement du couvert végétal, la sensibilisation du citoyen quant au rôle écologique de la forêt et susciter sa participation à la préservation du patrimoine forestier.
Les opérations d'aménagement de l'espace portent essentiellement sur la création et l'aménagement d'un espace d'accueil, d'un portail et d'un espace mémorial du parc, aménagement d'aires de parking et de jeux pour enfants, construction d'une cafétéria, des locaux d'hygiène, de stations sportives, de bancs publics, le boisement et l'aménagement de jardins, de pelouses, de sentiers, de cheminements de mails, d'escaliers en bois pour accéder aux différentes parties du parc, l'introduction de la composante aquatique (cascades, lacs artificiels, fontaines et piscines), l'aménagement d'aires de repos et de pique-nique.
Ledit projet comporte aussi un traitement paysager et architectural d'un quartier non réglementaire avoisinant et la réhabilitation du mausolée de Sidi Mâafa, dont la forêt porte le nom.
La
ville d'Oujda est dénuée de toute installation récréative et de
loisirs, hormis le Parc Princesse lalla Aicha, situé au centre-ville
sur une superficie de 16 ha et dont la date de création remonte aux
années quarante du siècle dernier.
Ce parc comporte un terrain
d'athlétisme, deux piscines, un stade de tennis, une piscine, un
terrain de sport équestre, une aire de théâtre en plein air, en plus de
divers arbres et plantations d'ornementation.
Cependant, l'importante croissance urbaine qu'a connue la ville et qui a fait disparaître des centaines d'hectares de vergers qui étaient irrigués à partir des eaux de l'Oasis de Sidi Yahya avant le dessèchement de ses sources, n'a été accompagné d'aucun projet de l'envergure du Parc Princesse lalla Aicha, ce qui marque l'importance du projet Sidi Mâafa envisagé et le besoin pressant des habitants de le voir réalisé, eu à égard à son rôle dans le développement humain de la ville.
MAP
15 septembre 2005
Tan-Tan : l’âme du désert
Ayant fêté en 2004 la reprise de son moussem après trente années
d’absence, Tan-Tan brigue aujourd’hui un statut : considérée comme le
plus grand rassemblement de nomades en Afrique du Nord, la ville veut
être inscrite sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité. Une
légitimité que Tan-Tan puise de son passé de terreau des cultures
nomades, et que veut bien étayer le directeur général de l’Organisation
des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).
En
effet, M. Koïchiro Matsurra a déclaré l’an dernier, à l’occasion de la
reprise du moussem de Tan-Tan, que «cette manifestation est le
témoignage vivant des cultures orales et artistiques marocaines…» qui
représentent «… une leçon de savoir et de créativité». Déclaration qui,
bien sûr, ne doit rien au hasard. Tan-Tan répond bel et bien aux
critères tels qu’ils ont été définis dans la Convention internationale
pour la sauvegarde du patrimoine immatériel : «On entend par patrimoine
culturel immatériel les pratiques, représentations et expressions, les
connaissances et savoir-faire que les communautés et les groupes et,
dans certains cas, les individus, reconnaissent comme partie intégrante
de leur patrimoine culturel». Ce sont justement ces «représentations et
expressions» que le 17ème moussem de Tan-Tan, prévu du 14 au 18
septembre courant, voudrait mettre en relief, en déclinant des
spectacles vivants (musique et danses traditionnelles du désert),
courses de chameaux, parades de cavaliers nomades, fêtes nocturnes,
fantasias, expositions d’art et de scènes de vie du désert. Pour ce
faire, apprend-on auprès des organisateurs, 600 tentes avaient été
érigées. En déclarant Tan-Tan «patrimoine immatériel de l’humanité»,
l’Unesco, qui parraine le moussem de cette ville, oeuvrera à
réhabiliter l’ensemble des traditions nomades. Située au sud, aux
portes du Sahara marocain, Tan-Tan a, depuis toujours, été le point de
rencontre de plusieurs tribus et nomades du désert. Pour sa 17ème
édition, le moussem de Tan-Tan veut préserver sa vocation de
plate-forme de la culture nomade en invitant des tribus de différents
horizons d’Afrique, dont le Niger et la Mauritanie. Chaque tribu sera
appelée à mettre en exergue ses traditions nomades. Il s’agit de
décliner ces traditions sur différents tons, social, musical, rituel,
comportemental, économique… Prendront également part à cette édition,
plusieurs personnalités du monde des arts et de la politique. Contactés
par ALM, les organisateurs ont souligné, sans vouloir préciser de noms,
que plusieurs ambassadeurs de pays étrangers accrédités au Maroc, sans
oublier des ambassadeurs de bonne volonté, avaient confirmé leur
présence. Idem pour des célébrités des milieux d’art et du spectacle. A
rappeler que l’édition précédente a été marquée par la présence, entre
autres, des actrices franco-algérienne Isabelle Adjani et italienne
Claudia Cardinale, sans compter la star mondiale du football, le
Brésilien Pelé.
Le déplacement pour cette 17ème édition s’impose
aussi, la culture du désert ne laisse pas indifférent. Il s’agit de
découvrir, ou de redécouvrir, une part vivante de notre patrimoine
oral.
La curiosité sera au rendez-vous…
Par : M’Hamed Hamrouch - ALM
14 septembre 2005
Le patrimoine immatériel de l'humanité se renforce
On l'appelle moussem de Tan
Tan ou le grand rassemblement des hommes bleus. Dans cette petite cité
en plein Sahara marocain, se déploie chaque année un immense
rassemblement de toutes les tribus mitoyennes à l'occasion du Moussem
Sidi Mohamed Maa El Aynine qui couvre à la fois un caractère religieux
et commercial. Lancé depuis hier et jusqu'au 18 de ce mois-ci, sous le
Haut patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, ce moussem a acquis une
grande importance en devenant un événement majeur sur le plan social,
culturel et symbolique pour les habitants de la région. |
| El Mahjoub Rouane | LE MATIN |
13 septembre 2005
Imilchil, un autre Maroc
Imilchil, les trois syllabes qui composent le toponyme, par leur douce résonance, induisent le curieux en erreur. Il s’apprête à jouir de climats paisibles, il tombe sur une rudesse inimaginable. A commencer par la route qu’il emprunte. Interminable (700 km, depuis Casablanca, si l’on passe par Midelt); jamais ennuyeuse, il faut l’avouer. Le regard se repaît d’une suite ininterrompue de paysages aussi enchanteurs que contrastés : champs fertiles, forêts denses, hauteurs imposantes, vallées verdoyantes, rivières cristallines, sols ingrats, oueds asséchés...
Repu, le voyageur se met à compter la distance qui le sépare de son lieu de destination. Arrivé à Rich, il croit entrevoir le bout du tunnel. Plus que 135 km. Une broutille... Erreur ! c’est à partir de là que les choses se compliquent. L’ancienne piste, bitumée en 1998 seulement, est escarpée, sinueuse, difficulteuse, et surtout affreusement étroite. Deux véhicules ne peuvent pas s’y croiser. L’autocar dans lequel nous nous trouvons avance comme une tortue. Dès qu’il pointe son immense carcasse, les muletiers se rangent prudemment sur le bas-côté, les poules poussent des cris d’orfraie, les moutons sont pris de panique.
Rich-imilchil : 135 km, six heures de route par temps orageux
Le paysage s’habille d’ocre. Il consiste en une ligne de montagnes dénudées qui laissent s’épancher à leurs pieds une plaine ondulante de rocailles. Dans ce désert de pierres et de terre, pousse, par endroits, une mince couverture végétale, prise d’assaut par les troupeaux de moutons. On recense 140 000 ovins dans la région. Ils en constituent la principale ressource mais y provoquent aussi de considérables dégâts. Car le surpâturage, ainsi que nous l’explique Hrou Aboucharif, directeur de l’association Adrar, «finit par détruire le couvert végétal, lequel représente le seul moyen de lutte contre l’érosion hydrique». D’où les inondations qui accompagnent comme une mauvaise ombre la moindre averse.
Aux abords de la vallée de l’Assif Melloul, le paysage change. Au milieu des montagnes aux sillons profonds creusés par le vent, l’oued essaime sur son passage les jardins, les cultures, les arbres. Une longue écharpe de verdure s’étend à perte de vue. Un vert d’une vigueur et d’une tendresse indescriptibles éclate, exhalé par le maïs, la luzerne, les pommiers et les noyers. Le cagnard n’est plus qu’un radieux souvenir, les nuages s’allongent, le ciel prend une couleur noire, puis l’orage éclate. Dix minutes plus tard, l’autocar faillit s’enliser. Des traînées de pierres se sont amoncelées sur la route. Il faut dégager la voie. Les orages d’été, nous apprend Hrou Aboucharif, peuvent déverser 40 mm d’eau en 15 minutes. «Toute cette eau coule dans l’oued, qui déborde et cause des dégâts». Elémentaire, mon cher Watson, mais combien cruel.
50 ha de pomme de terre dévastés par les crues de l’Assif Melloul
Indifférent au déluge, un paysan, sa faux à la main, contemple le désastre. Son potager est désormais submergé par une eau boueuse. Déjà la semaine précédente, les crues de l’Assif Melloul ont saccagé 50 ha de pomme de terre, soit un million de dirhams partis en fumée, perte immense pour une population dont le revenu moyen par habitant n’excède pas 2000 DH par an. Plus loin, une vieille femme arrache herbe et sarments au sol, qui serviront à nourrir le bétail, à attiser le feu quand la nuit sera tombée. «Le problème, c’est que ces femmes déracinent les buissons qu’elles arrachent, détruisant ainsi le couvert végétal», se désole Hrou Aboucharif.
L’averse s’arrête d’un seul coup. Nous pouvons reprendre la route. Une nuée d’enfants déboulent des hauteurs. La litanie des 4 x 4 suscite leur curiosité. Quand une voiture s’arrête, ils s’agglutinent autour, quémandant pièces de monnaie, bonbons, cahiers et stylos. Cahiers et stylos, on se demandent ce qu’ils vont en faire, vu que seuls 37 % d’entre eux sont scolarisés, dont 7 % de jeunes filles. «Je ne comprends pas pourquoi les autorités exigent que nous envoyons nos enfants à l’école. Nous n’avons pas les moyens de leur acheter les fournitures, puis les établissements sont souvent fermés l’hiver à cause de la neige, enfin nos enfants nous sont plus utiles aux champs et aux pâturages», s’étonne Moha. Quatre hommes, adossés à un muret jaune, interrompent leur conversation, pour lui donner raison. A quelques pas, deux vieillards se tiennent compagnie, les yeux clos. A quoi rêvent-ils ? Mystère et boule de gomme.
Trois heures plus tard, nous voilà arrivés en fin à Imilchil. Le village mérite bien son nom. Il est effectivement un «Imi n’lkil», c’est-à-dire une «porte d’approvisionnement». Mais à part son effervescence mercantile, il ne vaut pas le détour. Ce n’est, après tout, qu’un gros bourg, sans âme et sans attraits. Cependant, il s’est transformé grâce au Festival des musiques des cimes, qui y plante son décor du 25 au 27 août.
Attirés par la rumeur qui palpite dans l’unique artère d’Imilchil, nous l’empruntons. Bordée d’hôtels, d’auberges, de cafés et d’épiceries, elle est arpentée, ce soir-là, par une foule bigarrée, héréroclite, joyeuse, qui brave l’obscurité ambiante. Le seul groupe électrogène dont dispose le village a rendu l’âme, encore une fois. D’ailleurs, on s’en passerait bien, vu qu’à lui seul, il absorbe 40 millions de centimes d’un budget qui ne dépasse pas 126 millions. Mais les visiteurs ne s’en accommoderaient pas. Eux qui déjà essuyent le désagrément de ne pas pouvoir faire leur toilette, faute d’eau. Pourtant «le puits d’Imilchil est creusé jusqu’à 51 m, il est constamment plein jusqu’à 45 m. Il alimente deux châteaux d’eau. Malheureusement, la pompe tombe souvent en panne», précise Hrou Aboucharif.
Habitués à ces défaillances, les commerçants, les restaurateurs et les cafetiers ne se démontent pas. Loin s’en faut. Leurs visages brûlant d’une lueur ocre, pareille à la flamme des bougies, sont radieux. Les affaires tournent à plein régime. Hamou, un colosse hilare, bénit le festival, qui lui permet de gagner, en quatre jours, de quoi passer confortablement l’hiver.
Le Festival des musiques des cimes rapporte 200 000 DH à Imilchil
Deux cent mille dirhams, en moyenne, voilà l’écot versé par le Festival des musiques des cimes à Imilchil. Une manne pour cette région déshéritée. La nuit tombe maintenant, et l’incessant mouvement ne faiblit pas. Certains font leurs emplettes, d’autres papotent à la terrasse des cafés, sur fond de sons et de rythmes surgis du lieu du festival, la plupart se pressent vers celui-ci pour en recueillir les senteurs épicées. Djellabas et handirs y côtoient mini-jupes et jeans serrés. En somme, un Maroc antique et moderne, intemporel et impatient, vibrant à l’unisson au tamawayt de Milouda, aux complaintes de Françoise Atlan et aux rythmes de l’ahidous de Aït Hdidou.
La tête encore étourdie par le déluge de sons et de chants, nous mettons le cap sur le lac Tislit, à 8 km d’Imilchil. Le ciel est semé d’étoiles, la lune projette son jaune vif sur l’eau assoupie, le calme est absolu. L’instance est propice pour évoquer la légende de Tislit et Isli. Celle, raconte-t-on, de Hadda et Moha, éperdument amoureux l’un de l’autre, mais condamnés, par leurs clans respectifs et ennemis, les Aït Brahim et les Aït Azza, à ne jamais célébrer leur union. De douleur, ils pleurèrent, séparément, à chaudes larmes, tant et tant que deux lacs se formèrent de leurs sanglots. D’austères philologues vous diront qu’en fait Isli et Tislit ne seraient que des formes dénaturées d’Izli et Tizlit, qui signifieraient, en vieux amazigh, lac et petit lac. Ne les écoutez surtout pas et laissez-vous bercer par la légende !
Le lendemain, nous nous retrouvons plongés dans le moussem d’Imilchil. Foire annuelle, il est un lieu d’échanges et de rencontres, entre les deux fractions principales de la tribu des Aït Hdidou, les Aït Brahim et Aït Azza. Les nomades sont descendus de la montagne. La foule se presse dans les allées boueuses. Les appels des bonimenteurs se mêlent aux bêlements des moutons, aux mugissements des vaches et aux braiments des ânes.
Polyphonie attachante. Une chèvre rechigne à se faire embarquer dans un fourgon antédiluvien. Les badauds se réjouissent du spectacle. C’est jour de fête. Imilchil vibre d’une énergie vitale et simple. Les couleurs vous sautent aux visages : le blanc et noir des capes des femmes des Aït Azza, le bleu foncé de celles des femmes d’Aït Brahim, le carmin et le jaune safran dont elles maquillent leurs joues. Les odeurs pullulent, celles des montagnes de graisse sont entêtantes. Pour les Aït Hdidou, la graisse est une denrée vitale. Elle tient au corps pendant le rugueux hiver. Et ils s’en servent pour donner goût à leur kesra, ou à leur ahrir ou encore à leur ragoût de pommes de terre. Ahmed, nomade, vient d’en acheter par douzaine de kilos. Tout à l’heure, il conduira sa fille sous la tente des adouls, pour entériner la promesse de mariage. Lui a changé quatre fois d’épouse.
«Vous savez, elles s’usent très vite. Et il faut en changer de temps en temps pour renouveler sa force». La Moudawana, Ahmed en ignore jusqu’à l’existence. Quant à «l’usure», elle guette bel et bien les femmes d’ici. Elle est leur lot, tant elles sont considérées comme des bêtes de somme. Ce sont elles qui font le ménage et la cuisine, cueillent les fruits et les légumes du verger, ramassent le bois, nourrissent le bétail... et attrapent de sales maladies. Omar Chiban, président de l’Association Adrar, nous révèle que sur 500 femmes auscultées, il y a deux jours, par deux gynécologues dépéchées par le ministère de la Santé publique, 80 % présentaient une infection sexuellement transmissible. Un sinistre record.
80 % des 500 femmes auscultées sont atteintes de maladies vénériennes
Depuis sa création, en 1991, l’Association Adrar se préoccupe de tous les maux qui minent la cinquantaine de villages plantées dans la région d’Imilchil. Omar Chiban n’est pas peu fier d’énumérer quelques-unes des œuvres d’Adrar : contribution aux campagnes de vaccination lancées par le ministère de la Santé, de 1990 à 1996 ; construction d’un dispensaire dans un douar situé à 45 km en amont d’Imilchil ; équipement de 17 villages en eau potable ; création d’activités génératrices de revenus; installation de groupes électrogènes dans six villages ; plantation de 80 000 pommiers et 15 000 peupliers... et, surtout, protection de l’environnement contre toute agression mercantile. «La nature est la richesse inestimable de la région d’Imilchil. Nous tenons à ce qu’elle ne soit pas défigurée. Nous ne voulons avoir ici ni industrie touristique, ni clubs internationaux», insiste Omar Chiban.
Il est vrai que la magie vous prend à chaque détour, à chaque virage. Les paysages, tout en montagnes rocailleuses, en plaines terreuses, en déserts de pierre parfois parsemés de verdure, sont d’une noble austérité. Mais hors ce charme, il n’y a rien à faire de particulier à Imilchil. Sauf l’essentiel : se laisser vivre, oublier le temps qui passe, lâcher prise, se fondre au milieu de la population. Goûter à la difficulté de vivre, à la précarité, savourer la simplicité des gens d’ici qui répondent par le sourire à leur indigence, comme s’ils étaient détachés des carcans matériels. C’est leur façon de montrer que «amazigh» signifie homme libre
Et-Tayeb Houdaïfa
Source : La Vie economique
12 septembre 2005
Tarouma: Un Village de Pêcheur
ne vaste campagne d'assainissement a été lancée samedi au village des pêcheurs Tarouma, 50 km au sud-ouest de Laâyoune, par le wali de la région de Laâyoune-Boujdour-Sakia Al Hamra, M. Charki Draiss.
Cette campagne est une initiative de plusieurs associations en collaboration avec l'Entraide nationale, la commune rurale de Foum El Oued et les autorités locales.
Les représentants de l'association marocaine du village des pécheurs de Tarouma, de l'association des professionnels de la pêche artisanale, de l'amicale Assalam opérant dans ce village, de l'association du développement rural à Foum El Oued ont été unanimes à souligner l'importance de cette campagne dans la protection de l'environnement.
Dans des déclarations à la MAP, ils ont insisté sur l'importance d'inscrire ce genre d'initiatives dans la durée en assurant la pérennité de pareilles campagnes d'assainissement en vue de faire de cette région un pôle stratégique pour le développement économique et touristique.
Ils ont, à ce propos, rappelé l'importance accordée au village des pêcheurs pour le développement de la façade côtière et sa restructuration, à travers la création d'autres villages de pêcheurs dans les provinces du sud.
Ils ont également fait état de leur engagement à faire réussir les chantiers ouverts dans le cadre de l'Initiative nationale pour le développement humain (INDH), soutenant que l'environnement constitue un axe nodal dans cette initiative annoncée par SM le Roi Mohammed VI, dans son discours du 18 mai dernier.
Errachidia dévoile ses secrets à ses visiteurs
Par sa vocation historique,
sa position géographique aux confins du sud-est du Royaume, son
rayonnement culturel ancestral, son riche patrimoine culturel et
humain, la province d'Errachidia est considérée comme l'une des régions
à fort potentiel touristique qu'il faut valoriser et promouvoir. |
| Abdelouahed Labrim | MAP |
Tissa: Un centre ancestral d'élevage de chevaux
La petite localité de Tissa
qui accueille, depuis dix-neuf ans, le Festival du cheval, une
manifestation nationale et internationale de grande importance, est
appelée à devenir une ville modèle si certaines conditions de
développement durable sont réunies. |
| Schéhérazade Alaoui | MAP |
Le rendez-vous annuel des milliers de nomades
Cette manifestation, organisée cette année du 16 au 18 septembre, par
l'Office national marocain de tourisme en collaboration avec
l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la
culture (Unesco), a acquis une grande importance en devenant un
événement majeur sur le plan social, culturel et symbolique pour les
habitants de la région.
Appelé à faire partie du patrimoine immatériel universel de l'Unesco, le moussem de Tan Tan est «le témoignage vivant des cultures orales et artistiques marocaines ( ) qui représentent une leçon de savoir et de créativité», note le communiqué citant le directeur général de l'Unesco, Koichiro Matsuura, qui s'était rendu en septembre 2004 à Tan Tan pour prendre aux festivités du moussem.
Le moussem de Tan Tan sera ponctué par différentes festivités comprenant notamment des danses traditionnelles du désert, courses de chameaux, parades de cavaliers nomades, fêtes nocturnes, fantasias, expositions d'art et de scènes de vie quotidienne.
Il s'agit, ajoute le communiqué, d'un véritable rassemblement de plusieurs milliers de nomades des différentes tribus du Sahara marocain qui viennent partager leurs émotions et leur diversité et richesse culturelles, faisant de ce moussem un témoignage vivant à préserver et à valoriser en tant que patrimoine immatériel de l'humanité.
Le parrainage de l'Unesco a donné à ce festival un caractère particulier en l'occurrence celui de «patrimoine culturel mondial» lequel mérite d'être préservé et développé pour le maintien de cette culture vivante et permettre ainsi aux populations nomades de se rencontrer et de s'épanouir dans un monde de tolérance et de paix.
10 septembre 2005
Le tourisme écologique
La région de
Rabat-Salé-Zemmour-Zaër possède tous les atouts pour devenir une
destination privilégiée pour les amateurs du tourisme écologique. Sa
forêt immense et ses paysages naturels représentent autant de
potentialités à développer et à valoriser. |
| A.R | LE MATIN |
08 septembre 2005
Avec ville sur la mer
Une étude sur la cité de Mazagão, qui, sous l'ordre de la Couronne portugaise, traversa l'Atlantique.
Par Jean-Baptiste MARONGIU - Liberation
laurent vidal
Mazagão, la ville qui traversa l'Atlantique.
Du Maroc à l'Amazonie (1769-1783)
ue
de peuples, tribus, populations, individus, ont été déplacés, émigrés
de gré ou de force (enfin, plutôt sous la contrainte) au cours de
l'histoire et on n'en voit pas la fin ! Cependant les historiens ne
s'intéressent que peu à un phénomène si courant, pour ne pas dire uni-
versel. Faute de traces parfois, ou d'archives, ce qui peut rebuter les
chercheurs les mieux intentionnés, mais aussi à cause de cette alchimie
étrange de la discipline qui veut que les objets marquant les temps
historiques ne remontent qu'à leur heure. En ce sens, l'historien
Laurent Vidal est fort tempestif, et son Mazagão, la ville qui traversa l'Atlantique. Du Maroc à l'Amazonie (1769-1783)
de la plus grande actualité, qui relate un épisode oublié de la suite
incessante des migrations forcées. Le récit est exemplaire en effet du
déplacement au Brésil, orchestré au XVIIIe siècle par la Couronne
portugaise, de l'un de ses présides marocains à bout de souffle.
L'ouvrage délimite en effet le champ inédit d'une prometteuse histoire
sociale de l'émigration et de l'attente cette temporalité immobile,
et pour ainsi dire implosive, qui vient rythmer des vies plombées par
la soudaine ouverture d'autres possibles.
L'année 1502, des bateaux portugais reconnaissent la baie où surgira Mazagão, sur la côte atlantique du Maroc. En quelques décennies, une formidable cité fortifiée y est bâtie, placée au coeur du dispositif de défense des autres citadelles, forts, présides, comptoirs lusitaniens qui, de Tanger à Agadir, parsemèrent alors les rivages de l'océan. L'occupation n'a rien de pacifique, et Mazagão acquiert une grande renommée dans le monde chrétien, en repoussant l'assaut d'une armée de cent mille hommes composée d'Arabes et de Berbères. Ce n'est que partie remise. Entre une escarmouche l'autre, un modus vivendi est trouvé, ni de guerre ni de paix, selon les intérêts bien compris des deux parties. Le moindre commerce n'étant pas le paiement des rançons pour la libération des prisonniers réciproques. Mais la situation devient intenable. Face au siège d'une armée encore plus puissante que la précédente, la Couronne portugaise décide le déplacement pur et simple de la population de la ville. Le 11 mars 1669, non sans avoir détruit tout ce qui pouvait l'être, 2 092 personnes sont embarquées pour Lisbonne. L'administration royale est très efficace et sans état d'âme : on jette à la mer les armes en fer, on ne garde que canons et arquebuses en bronze, puis on fait monter les femmes et les enfants, qui ne sont pas de grande aide pour la défense, enfin c'est le tour des hommes valides, soldats expérimentés promis à d'autres batailles. Sur les murailles, pour protéger les partants, on laisse vieux, malades, estropiés, blessés.
De par son passé de bastion en terres infidèles, la population de Mazagão se vit comme une communauté à forte identité collective, dirait-on aujourd'hui. Cependant, les clivages sont nombreux qui partagent soldats et chevaliers plus ou moins nobles, artisans préposés à l'intendance, femmes et enfants des uns et des autres, moines et religieux chargés du salut des âmes et de la droiture des corps... La monarchie entend tous les transformer en colons de cette nouvelle frontière qu'est devenue pour le Portugal l'embouchure du fleuve amazonien, de l'autre côté de l'Atlantique. L'attente à Lisbonne ne dure que trois mois, mais Mazagão se délite, et nombreux sont ceux qui vivent comme un piège la terre promise. Les fuites se multiplient. Le départ pour Belèm au Brésil où commence l'attente bien plus longue et incertaine que s'achève la construction de la nouvelle Mazagão n'arrange pas vraiment les choses, puisque aux égards initiaux succèdent une sévérité voire une méchanceté croissantes de l'administration, qui débouchera plus tard sur un désintérêt définitif. Aussi, le désert vert peut-il se montrer à l'usage bien plus inhospitalier que le désert de sable. Vidal étudie ces trois Mazagão qui se superposent et qui se minent réciproquement : la ville du souvenir, la ville vécue, et la ville qui se prépare. Entre la cité-projet du pouvoir et la cité-transit des migrants, la rencontre est d'abord problématique puis impossible.
Confronté à l'état plus que lacunaire des sources sur le vécu des déplacés de Mazagão et face à l'abondance des archives officielles, Laurent Vidal n'oublie pas la leçon d'Alain Corbin, valorisant le moindre indice pour tenter de «recréer le possible et le probable ; d'esquisser une histoire virtuelle du paysage, de l'entourage et des ambiances ; d'ébaucher la reconstitution d'émotions hypothétiques». Cette histoire sociale se place à égale distance de la micro-histoire, dans laquelle l'événement est soit absent soit vécu de l'extérieur par des acteurs anonymes, et de l'histoire événementielle qui ne (re)connaît que les faits et gestes inscrits dans l'agenda officiel des Etats. A proprement parler, c'est un temps paradoxal que reconstitue ici Laurent Vidal, le temps des migrants, toujours sous l'emprise d'un pouvoir (politique, économique, religieux...) mais qui lui échappe en s'immobilisant dans l'attente.
07 septembre 2005
Medina de Tetouan
La médina de Tétouan est
considérée comme la seule cité au Maroc qui garde jusqu'à nos jours le
cachet authentique andalou, ce qui lui confère une place de choix dans
le patrimoine culturel de l'humanité |
| Abdelaziz M'Rabet | LE MATIN |
